LMNP : faut-il encore amortir ses travaux après la réforme 2025 ?
C'est l'une des questions les plus posées par les investisseurs depuis la loi de finances 2025. Un bailleur en LMNP au régime réel, structurellement déficitaire, réalise des travaux d'isolation. Il sait que les amortissements sont désormais réintégrés dans la plus-value à la revente. Alors il se demande : est-ce encore intéressant d'amortir ces travaux ? Et peut-on choisir de ne pas les amortir pour protéger la plus-value ?
La réponse est technique, mais elle est cruciale pour tout investisseur LMNP qui envisage des travaux. Voici ce que dit réellement la loi.
Le rappel indispensable : ce que réintègre exactement la réforme
Avant d'aller plus loin, il faut poser le cadre précisément. L'article 84 de la loi de finances 2025 a modifié l'article 150 VB du CGI en y ajoutant un III : à la revente d'un bien LMNP, le prix d'acquisition est désormais minoré du montant des amortissements effectivement déduits (admis en déduction au sens de l'article 39 C du CGI).
Deux catégories d'amortissements échappent à cette réintégration :
1. Les amortissements en report au jour de la vente. Si votre bien génère chaque année plus d'amortissements que de loyers nets de charges, l'excédent est mis en report — il est reportable indéfiniment. Ces amortissements reportés, jamais effectivement déduits, ne sont pas réintégrés à la revente. Ils sont simplement retirés du stock de reports.
2. Les biens dans certaines résidences de services. Le texte prévoit expressément que la réintégration ne s'applique pas aux biens situés dans des résidences étudiantes, résidences pour seniors et établissements médico-sociaux visés aux articles L. 631-12 et L. 631-13 du code de la construction et de l'habitation. Pour ces biens, les amortissements restent pleinement déductibles sans réintégration à la sortie.
Le cas des travaux : une mécanique plus subtile qu'il n'y paraît
C'est là que la réforme devient complexe, et où les analyses divergent entre spécialistes.
En régime normal de plus-value immobilière, les dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration (article 150 VB, II, 4° du CGI) peuvent venir majorer le prix d'acquisition, ce qui réduit la plus-value imposable. C'est l'avantage classique des travaux lourds pour tout vendeur immobilier.
Mais ce mécanisme comporte une limite bien connue : les travaux ne peuvent pas à la fois avoir été déduits du revenu et venir majorer le prix d'acquisition. On ne peut pas bénéficier deux fois du même avantage.
Pour un LMNP ayant amorti ses travaux, la conséquence est la suivante : la part des travaux déjà amortie ne peut pas venir en majoration du prix d'acquisition. La lecture la plus couramment retenue par les praticiens est que les amortissements sur travaux ne sont pas "doublement pénalisés", mais l'administration n'a pas encore publié de doctrine BOFiP définitive sur ce point précis, et des interprétations divergentes subsistent entre fiscalistes.
En pratique : seule la fraction des travaux non encore amortie au jour de la vente peut venir majorer le prix d'acquisition pour réduire la plus-value. La fraction déjà amortie ne bénéficie d'aucun effet positif sur la plus-value. C'est une zone grise que l'absence de BOFiP sur ce point ne permet pas de trancher définitivement aujourd'hui.
Amélioration ou entretien : la distinction qui change tout
En LMNP au régime réel, tous les travaux ne sont pas traités de la même façon sur le plan comptable, et cette distinction précède toute question d'amortissement.
Les travaux d'entretien et de réparation — remise en état sans modification fonctionnelle substantielle, remplacement identique, petit entretien courant — sont déductibles immédiatement en charges, même pour des montants significatifs, dès lors qu'ils ne modifient pas la nature du bien. Ils réduisent le résultat BIC de l'année, peuvent contribuer à creuser un déficit reportable sur les bénéfices futurs de même nature, et n'entrent pas dans la base amortissable.
Les travaux d'amélioration, de reconstruction ou d'agrandissement — extension, surélévation, création de pièces, isolation lourde, gros équipements intégrés — constituent des immobilisations selon la doctrine BOFiP (BOI-BIC-AMT-10 et BOI-BIC-CHAMP-40-20). Ils doivent être capitalisés et amortis sur leur durée d'utilisation, généralement 10 à 30 ans pour les éléments de structure, 5 à 10 ans pour le mobilier et les équipements.
C'est la nature réelle des travaux qui détermine leur traitement — pas la stratégie comptable de l'investisseur. Un investisseur ne peut pas décider arbitrairement de passer en charges des travaux qui relèvent techniquement d'une amélioration. L'administration fiscale peut requalifier en contrôle, avec les pénalités qui en découlent.
Alors, peut-on "éviter" d'amortir pour protéger la plus-value ?
La question est légitime et très répandue : un LMNP structurellement déficitaire avec suffisamment de reports de déficit a-t-il intérêt à ne pas amortir ses nouveaux travaux pour éviter la réintégration ? Est-ce légalement possible ?
La réponse est claire sur le plan légal : non, pour les travaux qui constituent des immobilisations obligatoires. Si vos travaux relèvent de la catégorie "amélioration" selon les critères comptables et fiscaux, vous avez l'obligation de les capitaliser et de les amortir. Vous ne pouvez pas contourner cette règle pour des raisons stratégiques.
En revanche, il existe une vraie marge de manœuvre sur la qualification des travaux : si des travaux peuvent légitimement être qualifiés d'entretien ou de réparation courante, ils seront passés en charges directement, sans capitalisation. Dans ce cas, ils créent un déficit BIC reportable, sans entrer dans la base amortissable — et donc sans générer d'amortissements supplémentaires susceptibles d'impacter la plus-value.
La stratégie pratique pour un LMNP structurellement déficitaire : si vous avez des reports importants et envisagez une revente à moyen terme (moins de 22 ans), il peut être pertinent de maximiser les travaux passés en charges (dans les limites de leur nature réelle) et de laisser les amortissements existants se reporter plutôt que de les consommer. Les amortissements en report n'étant pas réintégrés, cette approche préserve votre plus-value sans sacrifier l'avantage fiscal sur les loyers.
Exemple chiffré : 30 000 € de travaux, deux scénarios
Prenons un bien LMNP acquis 200 000 €, loyers nets de charges 10 000 €/an, TMI 30 %. L'investisseur réalise 30 000 € de travaux.
Scénario A — Travaux amortis sur 10 ans (travaux d'amélioration, 3 000 €/an) :
Sur 10 ans, les amortissements travaux génèrent 30 000 € de déductions supplémentaires → économie d'IR = 9 000 €. À la revente, la fraction des travaux déjà amortie ne vient pas majorer le prix d'acquisition — la plus-value est calculée sans cet avantage. Horizon optimal : détention longue (>22 ans) pour que les abattements absorbent l'impact à la sortie.
Scénario B — Travaux passés en charges (travaux d'entretien, si nature justifiée) :
Les 30 000 € déductibles l'année des travaux créent un fort déficit BIC, reportable sur les bénéfices meublés futurs. Aucun amortissement supplémentaire. La plus-value brute est calculée sur la base de l'amortissement du seul bâti. Horizon optimal : revente envisagée avant 15-20 ans, où la réintégration serait peu couverte par les abattements.
Le choix entre les deux scénarios n'est donc pas une question de préférence — c'est avant tout une question de nature réelle des travaux, puis d'horizon de détention.
Ce qu'il faut retenir
La réforme de 2025 ne rend pas l'amortissement des travaux systématiquement défavorable — elle rend la décision contextuelle et technique. La qualification comptable des travaux est désormais un enjeu fiscal majeur à anticiper avant de démarrer les travaux, et non après réception des factures.
Par ailleurs, la doctrine administrative (BOFiP) sur le traitement précis des amortissements de travaux en LMNP à la revente n'est pas encore définitivement publiée. Dans un contexte d'incertitude réglementaire, l'accompagnement par un expert-comptable spécialisé LMNP est plus que jamais indispensable pour tout investisseur réalisant des travaux significatifs.
Vous avez un projet de travaux sur un bien en LMNP et vous souhaitez arbitrer entre charges et amortissements ? Prenez rendez-vous avec un conseiller Capsul pour échanger de votre projet.
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